La guerre doit faire l’objet d’une prise de conscience accrue chez le Français selon le général Lecointre

Avec François Lecointre, ancien chef d’état-major des armées, grand chancelier de la Légion d’honneur et autre de Entre guerres (Ed. Gallimard)

« Ils attendaient dans la cuvette le tout dernier assaut des viets. Dans la boue, ils creusaient leurs trous » dit une chanson de Jean-Max Péfret qui rend hommage aux soldats morts à Dien Bien Phu le 7 mai 1954, il y a 70 ans. Le corps expéditionnaire subissait en Indochine sa défaite la plus symbolique qui écrivait aussi une page d’héroïsme qui, à l’image de Camerone, autre défaite célébrée le 30 avril par la Légion, représente une victoire humaine, le triomphe du courage sur le nombre et sa puissance inéluctable.

Le général Lecointre n’a pas vécu Dien Bien Phu mais de la guerre du golfe au conflit du Sahel en passant par le Rwanda, sa carrière l’a constamment emmenée sur le terrain des opérations extérieures dont il dit que les enjeux n’avaient pas de signification immédiate et incontestable. Ce matin, au travers d’un récit écrit à la première personne, l’ancien chef d’état-major des armées parle de l’importance du fait militaire en écho avec une possible montée en puissance liée à la guerre en Ukraine. 

Résumé :

« Le combat ne m’a pas forgé le cœur et l’âme, il m’a simplement rendu lucide. J’en sais désormais suffisamment pour ne pas me croire préservé, par ma simple qualité d’homme, du surgissement de l’animal qui gît en moi. »


Dans ce récit à la première personne, le général Lecointre évoque son parcours de jeune officier — de la naissance d’une vocation jusqu’aux terrains de guerre au Rwanda, à Sarajevo ou en Irak — et donne à voir l’expérience d’homme de guerre dans ce qu’elle a de plus concret, unique, et parfois indicible. Jamais un grand chef militaire n’avait évoqué avec autant d’acuité et de lucidité les doutes et les réalités auxquels se confrontent les soldats : le sentiment de vivre des événements qui ne peuvent être compris que d’eux, la peur paralysante qui surgit à tout moment et, surtout, l’interrogation fondamentale sur le sens de l’action. Comment garder son humanité quand, au cœur du combat, la violence gagne de plus en plus les esprits ?


On croyait la guerre réservée aux livres d’histoire, et la voici de nouveau. Cet Entre guerres l’appréhende de manière saisissante et profonde, tout comme il évoque avec pudeur la singulière fraternité unissant les hommes qui dédient leur vie au service de la France.