Le grain de blé en terre

(5° D. CAR B — Jn 12, 20-36) Troisième passage de l’évangile selon St Jean, sur la route du mystère pascal, voici, avant le dimanche de la Passion, la parabole du grain de blé jeté en terre.

Où donc est Jésus dans tout ça ?

Notre cinquième étape de carême nous invite à nous mettre à l’écoute ce ceux qui veulent « voir Jésus ». « Nous voudrions voir Jésus » demandent ces personnes. Soit des Juifs de la dispersion qui ne s’exprimaient qu’en langue grecque, soit des gens d’origine païenne qui se sont convertis au Judaïsme et qui ont entendu parler de Jésus.

Quels qu’ils soient, nos Grecs s’adressent à deux disciples aux noms grecs : Philippe et André, tous deux de Bethsaïde (1,44), une région où la présence d’une population païenne est importante. Cela nous renvoie au tout premier chapitre, lors duquel André et Philippe suivirent Jésus à son appel (1,39.43).

Mais au fond, n’est-ce pas une situation que nous pouvons rencontrer ? Même si nous pensons que les personnes qui nous entourent ne manifestent pas beaucoup d’appétit spirituel, il peut arriver que des personnes extérieures à la sphère chrétienne s’adressent à nous qui sommes les Philippe et André de notre époque, pour nous demander de leur faire connaître Jésus. Nous voudrions comprendre qui est Jésus, rencontrer Jésus, savoir qui il est…

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Un Jésus crucifié

La réponse de Jésus peut sembler déplacée, décalée. En fait, elle n’est pas adressée aux Grecs, mais aux disciples qui seront chargés de la retransmettre. « Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit ». Jésus nous renvoie à l’heure de la glorification du Fils de l’homme, qui dans l’évangile de Jean, désigne la Passion. L’évocation de cette dernière encadre l’ensemble de la réponse de Jésus : depuis le blé tombé en terre (v. 24) jusqu’à son élévation : quand j’aurai été élevé de terre (v. 32). Ainsi la demande des grecs doit attendre l’heure de la croix pour « voir » Jésus à partir du témoignage de ses disciples.

Cela veut bien dire que la vraie révélation de la divinité de Jésus n’est donnée qu’à la croix. La crèche de Noël, c’est une étape. La transfiguration en est une autre. La croix est le sommet définitif où nous comprenons que le Père en son Fils est entré dans le Mal et la Souffrance qui frappent tous les êtres humains, il les habite désormais. Nous chrétiens, ne disons pas : où donc est Dieu dans cette maladie, dans cette tragédie ? Il est présent, il les habite. Pas de Jésus hors la croix, et pas de souffrance injuste et de mort hors Jésus. Dieu s’est mêlé pour toujours à notre monde, à notre vie, à nos maux, à notre mort.

Un chrétien éprouvé

La suite est inévitable. Pas de vie chrétienne en dehors de la morsure du mal. Pas d’épreuve hors de la possibilité de l’habiter chrétiennement. « Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle. Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur ».

La croix acceptée n’est pas un échec. Elle est un accueil de l’amour du Père au cœur de la souffrance et de la mort. Il en va de même pour nous : nos épreuves ne sont pas un non-sens. Elles peuvent être accueillies et vécues comme contenant la présence divine, tout autant que les moments de joie et de bonheur. Jésus tombe en terre jusqu’à mourir, par amour, et pour porter le fruit que le Père lui manifestera dans sa résurrection. La fécondité, c’est Dieu qui la donne. Il nous appartient à nous, de suivre avec foi Jésus dans nos épreuves, dans la confiance que Dieu donnera la fécondité.

Cela ne se fait pas sans tremblement, même pour Jésus : « Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? « Père, sauve-moi de cette heure » ? Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! » Père agis au cœur de cette épreuve ! Car l’épreuve est rude, toute épreuve est rude ; déstabilisante est un bien faible mot, il faudrait dire crucifiante. C’est peut-être pour cela que la voix réconfortante du Père est perçue comme un coup de tonnerre, à la hauteur du tremblement qu’est l’épreuve crucifiante.

« Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect(piété filiale). Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel »(He 5, 7-9).