Le service, le pardon

(Jeudi Saint B — Jn 13, 1-15) C’est un geste solennel qui est posé par Jésus, celui du lavement des pieds dont nous venons d’entendre le récit, et que nous allons accomplir au cœur de cette liturgie du Jeudi saint, laissons-le nous instruire sur le service et le pardon.

« Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi » (Jn 13,8)

Jésus parle à Pierre de l’intimité avec son Père, puisque c’est bien cela qu’il est venu nous donner. Il était dans le sein du Père, et maintenant il se met à genoux devant Pierre, avec une totale humilité, pour qu’il ait part avec lui à la communion avec le Père. Comment accueillir ce don, sinon en entrant dans l’humilité qui seule est compatible avec l’être de Dieu-Amour ? Ainsi, il nous laisse comme unique exemple le geste qui scandalise, geste qui signifie à la fois l’humilité du Dieu qui veut s’unir à nous, et la purification nécessaire pour avoir part avec lui dans la gloire,

« Vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » (13,14)

Nous sommes appelés à nous laisser laver par Jésus, en accueillant de lui purification et pardon des péchés. Mais aussi à nous laver les pieds les uns aux autres, en nous pardonnant mutuellement, et en nous servant les uns les autres. C’est seulement ainsi que la grâce du pardon et du service pourra couler, comme une source claire, et se répandre. Elle est reçue pour être donnée, déversée pour déborder, et ainsi pour nous unir. C’est simple, mais nous sommes marqués par l’orgueil. Accueillons de nouveau cet appel à être humble, à être le plus petit de tous, le dernier de tous, de sorte à pouvoir nous pardonner les uns aux autres, nous servir les uns les autres.

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Le geste du serviteur n’est pas une recette

Jésus nous laisse le geste du serviteur. C’est le vrai et le seul chemin de la ressemblance. Mais ce n’est pas une recette. Car le vrai serviteur, la vraie servante, n’applique jamais des recettes. Leur service n’est pas un mode d’emploi dont ils suivraient les rubriques préétablies. Ils s’adaptent au terrain ; à tel moment, ils agissent avec trois fois rien, à tel autre ils se dépensent beaucoup parce que la circonstance le demande. Les serviteurs tiennent compte du réel, des personnes qu’ils veulent servir.

Le serviteur est silencieux

Le vrai serviteur n’est pas vu, il demeure invisible, effacé. Mais s’il vit son service sous la mouvance de l’Esprit Saint, ce service, parce qu’il est inspiré, peut devenir la réponse qu’il apporte à un besoin de son entourage. Ne sachant pas où son attitude va le conduire, le serviteur porte les manques, les fermetures, les égarements du groupe dont il est membre pour qu’une réponse de vie soit donnée. C’est bien pour cela qu’il est souvent humilié, méprisé, raillé, rejeté. Tout cela est vécu dans le silence de l’amour, ou bien dans une très grande sobriété.

Regardons les signes de service et de pardon donnés par Jésus dans sa passion : à Pierre qui le trahit, un regard ; à au soldat qui le frappe, une brève parole de remise en question ; mais aussi beaucoup de silences, non pas méprisants, mais témoignant de sa souffrance d’amour.

Prière avant le geste du lavement des pieds

Seigneur Jésus, tu veux nous donner part à la communion que tu partages avec le Père. Tu viens purifier notre cœur, pour qu’il soit ta demeure, votre demeure. Nous te présentons tous les pardons, mais aussi les services, difficiles à donner, à demander, à recevoir. Tous les pardons que les peuples en guerre se refusent à donner. Tu les as assumés dans ta Passion. Sois humilité en nous, pardon en nous. Nous t’en supplions au moment où nous allons vivre ce geste.