Les faussaires de la Nation

La Croix-L’hebdo du 31 nov. 2026

Cet ouvrage collectif donne de précieuses clés de lecture pour débusquer les manipulations historiques de l’extrême droite et rétablir la vérité.

De quoi ça parle

Alerter l’opinion publique sur les contre-récits historiques déployés par l’extrême droite à des fins idéologiques, et rétablir la vérité. Tel est l’objectif des 53 historiens et intellectuels qui se sont coordonnés pour écrire cet ouvrage, dont certains noms connus du monde académique, tels que Patrick Boucheron, Dominique Schnapper ou encore Nicolas Lebourg et Stéphane Audoin-Rouzeau.

« La volonté de conquête par l’extrême droite s’accompagne de proclamations et de discours qui ne sont plus l’histoire. Au mieux, un roman national fabriqué (…) Au pire, la fin de toute notion de vérité historique, remplacée par l’injonction à des thèses racistes, illibérales et inégalitaires » analysent l’historien Vincent Duclert et la journaliste Maria Malagardis, qui ont codirigé cet ouvrage.

Dans la première partie, chacun des contributeurs s’est saisi d’une thématique précise, comme Vichy, l’Algérie, les droits des femmes, la laïcité, ou encore l’Europe. Ils partent d’exemples de contre-récits – provenant souvent du Rassemblement national – qu’ils confrontent avec les faits historiques avérés, démontrant les mécanismes de la falsification. La seconde partie explique comment il est possible de résister à ces manipulations historiques.

« Comprendre comment l’extrême droite défigure l’histoire, c’est déjà lui résister, en dehors de toute appartenance politique ou partisane », écrivent les codirecteurs.

À qui ça s’adresse

Ce livre dense a été pensé « pour le temps long et pour le public le plus large, qui a le droit de savoir », selon ses auteurs. Valables aujourd’hui comme dans dix ans, ces écrits sont là pour ne rien oublier de la vérité ­historique, même en cas d’accession du Rassemblement national au pouvoir.

« La nation ne peut exister que si elle repose sur un socle commun dont l’histoire est l’un des piliers », assurent les historiens, qui espèrent ainsi fournir des outils critiques aux lecteurs. Et répondre à ceux qui pourraient ­penser qu’ « on n’a jamais essayé » ou que le RN « a changé »

Ce qu’on en pense

Cet ouvrage élaboré par des intellectuels de gauche comme de droite a été conçu avec une rigueur historique incontestable, sans sombrer dans le militantisme ni l’opinion. Cela en fait un outil précieux pour analyser les faits passés et à venir. Citons, par exemple, le chapitre intitulé « Le mensonge de la rupture », dans lequel Denis Charbit, spécialiste en histoire des idées, du sionisme et de la politique israélienne, explique pourquoi le RN n’a jamais réussi à « se débarrasser de l’antisémitisme ». Un éclairage précieux à la suite de l’affaire Bardella, révélée par Mediapart, le 28 septembre dernier.

Lauriane Clément