L’espérance d’un sursaut de conversion

3è D Car C — (Lc 13, 1-9)

« Si vous ne vous convertissez pas… ». — Être habité par l’urgence de la conversion : une troisième étape de notre carême met le doigt sur la nécessité de se convertir sans attendre ; un appel dramatique sur la base d’exemples tirés de l’actualité dramatique ordinaire…
— Souvenons-nous de la première étape nous montrait comment le Tentateur fait tout pour dévoyer Jésus du chemin d’obéissance au Père qui passe par la croix ; nous étions invités à poser les bons choix pour avancer dans la bonne direction. 
— Une seconde étape nous offrait une préfiguration claire de la résurrection, dans la contemplation de la gloire de Jésus en prière, nous invitant à ne jamais perdre de vue l’objectif final.

Les horreurs de la vie nous scandalisent

Des Galiléens ont été massacrés par ordre de Pilate, le gouverneur romain. La population est outrée par cette répression. Scandalisée parce que les exécutions ont eu lieu au moment où ces Galiléens offraient à Dieu des sacrifices d’animaux ; cela a eu pour effet de mélanger leur sang à celui des bêtes. Un véritable sacrilège, car la vie d’une personne est sacrée et elle se trouve dans son sang. Comment peut-on oser mélanger la vie humaine à celle d’un animal ? De plus, cet événement s’est produit dans un endroit saint, le temple, à un moment sacré, la liturgie. Ceux qui apprennent cette nouvelle en sont heurtés au plus haut point.

Mais les drames ne sont pas des châtiments du péché

Jésus va obliger ses interlocuteurs à changer de paradigme. « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grandspécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? » Cette façon de voir de l’époque correspond à l’une des théologies de l’A.T., la doctrine de la rétribution. D’après elle, si quelqu’un est fidèle à la loi de Moïse, Dieu lui accordera la santé, la prospérité 1, une longue vie et une descendance nombreuse. Autrement, le Tout-Puissant le punira : maladie, pauvreté, stérilité et mort précoce. Mais pour Jésus, la quantité de malheurs vécus par une personne au cours de sa vie n’est pas en proportion de ses péchés. Dieu n’agit « PAS DU TOUT » ainsi (v. 3,5). Il ne s’empresse pas de punir ceux et celles qui se s’adonnent au péché.

La rétribution existe, mais dans l’au-delà

Jésus ne nie pas qu’il y ait une rétribution, mais celle-ci aura lieu non en cette vie-ci, mais dans l’au-delà. Il en va de son salut éternel. Mener une vie de juste ou de pécheur aura des conséquences diamétralement opposées. Voilà pourquoi il faut se convertir sans délai. Ainsi, Jésus exhorte ses auditeurs à se convertir, non pas pour éviter d’être punis en cette vie-ci par toutes sortes de malheurs, mais pour échapper à la condamnation au jour du jugement. « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même » (v. 3,5). Pour Jésus, si ses auditeurs ne se convertissent pas EN L’ACCUEILLANT, LUI, ils s’achemineront vers la mort éternelle. S’ils ne le font pas, le danger qu’ils courent n’est pas de se faire écraser par une tour, mais de se voir privés de la vie éternelle au jour du jugement. Voilà le malheur qu’ils doivent craindre.

Écouter l’homélie

Jésus dénonce la stérilité mais invite à la patience

La suite, la parabole du figuier stérile, semble dirigée vers les chefs religieux d’Israël : le figuier devenu stérile (les élites religieuses attachées à la Loi) épuise le sol de la vigne (le peuple). Là encore, l’urgence se fait sentir, le figuier est menacé, il est en sursis : « laisse-le encore cette année » (v. 8), peut-être cette « année de grâce » proclamée à Nazareth (4, 19), peut-être l’année qu’il reste à Jésus avant l’offrande de la croix…

C’est un appel à un sursaut de conversion (rompre avec le péché) pour un renouveau de fécondité (porter du fruit). Et comme Jésus ne se résigne jamais à ce que le pécheur « périsse » (v. 3,5), il se met en scène dans la belle figure du vigneron 2 qui travaille à notre conversion, et à notre libération, comme le Dieu de Moïse. Jésus n’abandonne aucun des pécheurs, aucun de nous (« tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu », Rm 3,23), mais il fait tout ce qui est en son pouvoir pour venir à notre secours et nous éviter la terrible auto-condamnation de notre refus, la privation de la vie éternelle en Dieu au jour du jugement…

Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir ? Sinon, tu le couperas.

1Les chrétiens évangéliques qui entourent Donald Trump sont totalement inféodés à la théologie de la prospérité, qui est une forme actuelle de la doctrine de la rétribution. https://sosdiscernement.org/la-theologie-de-la-prosperite/

2Marie-Madeleine le prendra pour le jardinier, mais Jésus avait donné la bonne clé d’interprétation des images  : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève » (Jn 15,1-2).