Denis MOREAU, professeur de philosophie à l’université de Nantes. Auteur de Tous hérétiques ? Sur l’actualité de quelques débats chrétiens (Seuil)
Présentation de Louis Daufresne. Savez-vous ce que signifie le terme d’hérésie ? Je ne parle pas de ces entorses à l’art de vivre comme remplacer le vin rouge à table par du soda mais des vraies hérésies, celles d’avant, en fait d’aujourd’hui, car si elles sortent par la porte d’un passé lointain, elles reviennent par la fenêtre de nos méprises. Dans la société du « c’est mon choix », l’hérésie est douillettement installée. Le mot vient du verbe grec « choisir ». Il s’agit de choisir parmi les énoncés qui définissent la foi chrétienne. Les hérésies remplissent une fonction très utile car, par exclusions successives, elles permettent de séparer le bon grain de l’ivraie. Elles témoignent aussi de la vitalité des débats internes au christianisme. Officiellement, la dernière hérésie en date est celle du modernisme, au XXe siècle. Depuis Vatican II, l’Église ne jette plus l’anathème sur une hérésie. Au départ, ce mot n’est pas synonyme d’erreur mais d’option, d’interprétation. L’Église est alors comparable à un sculpteur sur son bloc de marbre : c’est en l’élaguant qu’il fait voir son chef-d’œuvre.

Et si les hérésies oubliées d’hier façonnaient les débats d’aujourd’hui ?
Cet essai original révèle comment les doctrines autrefois condamnées par l’Église catholique ressurgissent, parfois méconnaissables, au cœur de nos préoccupations contemporaines.
Les exemples abondent : certains schémas du donatisme se retrouvent dans la tentation du repli identitaire ; le rejet de l’universalisme rappelle l’élitisme du gnosticisme ; l’obsession de l’autonomie individuelle, célébrée par le développement personnel, réactive le vieux rêve pélagien d’un salut sans grâce ; même les mouvements prônant le refus de la parentalité font écho à l’encratisme des premiers siècles. Etc.
Loin d’un traité réservé aux seuls spécialistes, ce livre clair et vivant fait apparaître les racines ignorées de certaines idées modernes, dont il approfondit la compréhension. Il met aussi en lumière les choix fondateurs et les hésitations doctrinales du catholicisme, tout en dévoilant la dynamique créatrice qui oppose orthodoxie et hérésie.
Au fil des pages, une conviction s’impose : la pensée chrétienne n’est aucunement reléguée au passé, elle irrigue encore, souvent à notre insu, nos discussions les plus actuelles.
Denis Moreau est professeur de philosophie à l’université de Nantes. Il a publié de nombreux essais au Seuil dans lesquels il interroge le sens contemporain du christianisme. Parmi eux : Pour la Vie ? Court traité du mariage et des séparations (2014), Comment peut-on être catholique ? (2018), Résurrections. Traverser les nuits de nos vies (2022).
