Petits conseils pour les simples serviteurs

27è D TO C — (Lc 17,5- 10)

Nous pouvons tresser les trois lectures de ce dimanche, et en tirer un ensemble de conseils. Ils ont été adressés par Jésus à ses apôtres ; et au-delà, ils s’adressent aux responsables des communautés chrétiennes et à nous-mêmes. Ils gardent toute leur pertinence aujourd’hui. 

1. Avoir conscience de notre propre faiblesse

« Les apôtres dirent au Seigneur » ; le mot « apôtre » signifie « envoyé » : c’est donc un dialogue entre le Christ et ses envoyés. Les paroles de Jésus semblent donc concerner les activités d’évangélisation ; les apôtres, les envoyés disent à celui qui les envoie « Augmente en nous la foi », ou selon d’autres versions : « ajoute-nous de la foi ! » La foi est un bien, reçu comme un don de Dieu, et outil pour l’action apostolique. Prenant conscience de notre faiblesse, de notre impuissance, nous désirons une foi plus grande, car, pensons-nous, cela nous rendrait plus forts, plus efficaces… Mais peut-on parler de quantité à propos de la foi ? Celle-ci est-elle mesurable ? Et si elle agit (« votre foi est active », dit Paul en 1 Th 1,3), n’est-ce pas Dieu qui agit en elle ?

2. Considérer la foi comme un don efficace

La réponse de Jésus montre que l’évaluation de la quantité de foi n’est pas pertinente. Le plus petit dans la foi est capable de faire se déplacer un grand arbre vers la mer. De façon métaphorique, Jésus affirme que la foi ne se mesure pas, puisque la plus petite foi est capable de choses les plus invraisemblables… Et il accentue volontairement le paradoxe : la graine de moutarde était considérée comme la plus petite de toutes les graines, et le grand arbre dont il parle (en grec, mûrier ou sycomore) était réputé indéracinable. Concrètement, cela veut dire : rien ne doit nous décourager, aucune situation n’est définitivement perdue. Il n’est pas question de rendre notre tablier. Impossible n’est pas Chrétien.

3. Raviver le don gratuit de Dieu

Puisque la foi est un don de Dieu, à la fois une vertu théologale pour la sanctification et un charisme pour l’action, nous sommes touchés par les paroles de Paul à Timothée (2è lect.). Il invite à l’audace : « Ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de pondération ». Et donc : « Ravive le don gratuit de Dieu », car les dons de Dieu peuvent s’étioler en nous ! Pour exercer les dons reçus, il nous faut remonter au donateur. Ce n’est pas en nous qu’il faut chercher force, amour et maîtrise de soi, mais dans cette source inépuisable que Dieu a installée au plus intime de nous-mêmes au jour de notre baptême : l’Esprit Saint, auquel nous devons faire appel chaque jour.

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4. Vivre dans une fidélité confiante

Aucun obstacle ne doit arrêter le croyant. Ainsi, au temps d’Habacuc (1è lect.) : « Devant moi, pillage et violence ; dispute et discorde se déchaînent »… La violence dont parle Habacuc ici, c’est celle de l’ennemi du moment, Babylone. Insolente, elle s’enorgueillit de ses conquêtes et se targue d’une prospérité durable. Mais dans les épreuves, même les plus terribles, la seule voie possible pour le croyant c’est de garder confiance en Dieu : accepter fidèlement la durée, mais surtout ne pas accuser Dieu. Toute autre attitude nous détruit : la méfiance à l’égard de Dieu ne nous fait que du mal. « Le juste vivra par sa fidélité » ou, pour le dire autrement, c’est la confiance en Dieu qui nous fait vivre ; le soupçon ou la révolte nous détruit.

5. Rester dans l’humilité du devoir accompli

La puissance de la foi pourrait nous monter à la tête, car les miracles sollicitent l’orgueil. La petite parabole que Jésus développe porte sur l’humilité et la fidélité dans la vie des apôtres, une fidélité toujours plus oublieuse d’elle-même. L’expression employée ici est « simples serviteurs », « serviteurs inutiles », définit le service comme une tâche qui nous dépasse. La joie de servir en acceptant que ce service soit prioritaire par rapport à nos besoins personnels le Maître de l’histoire est une joie toute simple : celle de coïncider avec la volonté du Père. Le disciple obéit à son maître et fait tout ce qu’il devait faire, en restant détaché de son propre agir, en évitant de se croire utile et indispensable à Dieu. La suggestion de Jésus est de rester sereins dans l’exercice de notre mission, car c’est lui le maître de la moisson, pas nous.

N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur