St Joseph, une vocation à se taire

Jésus-Christ, tout caché qu’il est sous la forme de serviteur, est pourtant égal à son Père éternel, et tout égal qu’il est à son Père éternel, il ne laisse pas de se soumettre et d’obéir à saint Joseph. Je ne sais ce que je dois admirer davantage, ou la soumission de Jésus-Christ, ou la supériorité de Joseph : l’une est une grandeur sans comparaison, l’autre est une humilité sans exemple ; Jésus-Christ a pris la faiblesse de l’homme pour le sauver, Joseph a reçu la Providence de Dieu pour gouverner Jésus-Christ dans la conduite de l’incarnation.

   C’est selon les ordres de cette Providence dont il est comme le dépositaire, que Joseph a gardé le secret du mystère si régulièrement. C’est ce sacrement éternel conclu dans le silence de l’éternité, qui devait être conduit par le silence de Joseph dans le temps. Il y a une vocation à se taire, et une vocation à parler, un don de secret et un don de publication de l’Evangile. La mission des apôtres a été de faire connaître Jésus au monde comme Fils de Dieu, et la mission de saint Joseph a été de le cacher au monde et de le faire passer pour son fils. Les uns ont levé le voile qui couvrait la divinité, l’autre l’a tenu tiré pour ne laisser voir que l’humanité. C’est ainsi que Joseph a exercé cette Providence silencieuse et muette, et qui, par des précautions nécessaires, devait cacher les desseins de Dieu jusqu’à ce que le temps de la révélation fût arrivé.

Esprit Fléchier (1632-1710), Sermon du 19 mars

Fléchier (Esprit, 1632-1710). Né près d’Avignon, après une jeunesse pauvre chez les Frères de la  Doctrine chrétienne, Fléchier monte à Paris où ses talents de poète et  d’orateur le font remarquer à la cour. Louis XIV en fait l’un des  précepteurs du Dauphin. Élu triomphalement à l’Académie française, il  devient évêque de Lavaur, puis de Nîmes, où il s’illustrera par une  grande charité, notamment auprès des nombreux protestants de son  diocèse.