Vatican : Macron reçu par Léon XIV au cœur de Pâques

Emmanuel Macron ea été reçu ce 10 avril au Vatican par le pape Léon XIV, un an après la disparition de François. Une audience hautement symbolique pour la « fille aînée de l’Église », qui traduit la volonté du chef de l’État français de renforcer le dialogue avec Rome sur les grands enjeux internationaux, mais aussi de raviver l’espérance d’un catholicisme français en quête de souffle. 

Cette audience du 10 avril arrive au cœur de l’Octave pascale, période où la joie de la Résurrection du Christ se prolonge comme un unique grand dimanche. Elle prend ainsi une résonance spirituelle particulièrement forte pour les catholiques français, à quelques jours seulement de l’anniversaire de la mort du pape François survenue le 21 avril 2025.

Symbole pascal : la France revient au Vatican

« Les sources hautes côté Élysée et Saint-Siège m’ont dit qu’il n’y avait rien de ce type ». Mikael Corre, journaliste pour La Croix, lève le voile sur les reports à plusieurs reprises évoqués, précisant que ces reports ne relèvent que de questions d’agenda liées au Jubilé et au consistoire de janvier, et non d’une quelconque tension politique relayée sur les réseaux sociaux. Léon XIV, dans sa première année de pontificat, reçoit tous les chefs d’État de passage à Rome, et Emmanuel Macron vient ainsi avant même le premier anniversaire de son élection, marquant une volonté claire de dialogue.

Une rencontre utile pour la France et l’Église ?

Loin d’être un simple protocole, cette rencontre affirme la « volonté constante » d’Emmanuel Macron de cultiver des liens étroits avec le Saint-Siège, comme en témoignent sa présence aux funérailles de l’ancien pape François ainsi que celle de François Bayrou à la messe d’intronisation de Léon XIV. Pour le Vatican, la France demeure la « fille aînée de l’Église », terre d’une « grande spiritualité française » dont les présidents font souvent l’éloge en offrant des ouvrages de Bernanos. Mikael Corre souligne l’intérêt marqué du pape pour les baptêmes d’adultes qui se multiplient dans l’Hexagone, lui qui a personnellement rencontré des catéchumènes à Monaco récemment. Cette vitalité ecclésiale, dans un pays marqué par la sécularisation, fait de la France un modèle aux yeux de Rome.

Au menu des échanges figurent avant tout les grandes crises internationales, l’Élysée saluant explicitement « le rôle essentiel du Saint-Siège » et « l’engagement personnel du Saint-Père en faveur de la paix, du dialogue et de la solidarité entre les peuples », avec une attention particulière portée aux chrétiens d’Orient et au Moyen-Orient où Léon XIV a lancé un appel solennel à Donald Trump lors du mardi saint, déclarant que « Dieu n’entend pas les prières de ceux qui ont du sang sur les mains » et ceux qui font la guerre. Le cas de l’Algérie, à l’approche du voyage papal, sera aussi évoqué en lien avec la situation du journaliste Christophe Gleizes emprisonné, tandis que des divergences subsistent entre le multilatéralisme pacifiste défendu par le pape dans son discours de janvier et la vision française de la défense européenne incluant le parapluie nucléaire.

Sur les questions bioéthiques cette fois, notamment autour de la fin de vie, ce sujet cristallise des divergences profondes entre Paris et Rome. Mais Mikael Corre anticipe une approche mesurée de la part de Léon XIV : « Être ferme, c’est être maître de soi. Il rappellera les fondamentaux sans hurler », inspirée de sa vision chicagoane de la     « tunique du Christ ». Cette image biblique de la tunique sans couture qui symbolise la défense ininterrompue de la vie humaine du début à la fin, refusant à la fois l’avortement et l’euthanasie tout en dénonçant la pauvreté extrême et l’oppression des migrants, comme il l’a exprimé à Monaco dans des termes diplomatiques et peu offensifs.

Regain d’espérance pour le catholicisme français

Cette rencontre pascale redonne un souffle d’espérance aux catholiques français face à une sécularisation croissante. Léon XIV ayant multiplié les gestes attentionnés dès son élection à travers des lettres adressées aux fidèles et au clergé français et considérant la France comme un « élément stabilisateur » dans un monde bousculé par le trumpisme. Emmanuel Macron devrait formellement inviter le pape pour un « vrai voyage » dans plusieurs villes françaises après 2027. 

Dans son ouvrage Géopolitique d’un conclave à paraître le 15 avril chez Bayard, Mikael Corre raconte les 18 jours de « vacances du pouvoir » entre la mort de François et l’élection du 8 mai 2025, expliquant le choix d’un pape américain « le moins américain des cardinaux » comme un « choix politique au sens noble » pour unir une Église confrontée aux fractures du monde, à l’image de Jean-Paul II élu en pleine guerre froide.