Solennité du Corps et Sang du Christ C
Jour après jour, nous vivons en communauté ce sacrement d’une extrême richesse : l’eucharistie, sacrement des transformations 1. Cette fête du Corps et du Sang du Seigneur nous donne l’occasion de reprendre conscience du dynamisme intérieur de cette célébration quotidienne, qui peut nous sembler parfois d’un immobilisme sclérosant.
Au commencement est l’acceptation de la croix
1. Au moment de la dernière Cène, Jésus anticipe déjà l’événement du Calvaire. Il accueille la mort sur la croix et, par son acceptation, il transforme l’acte de violence en un acte de donation. Lors de la dernière Cène, la croix est déjà présente, acceptée et transformée par Jésus.
2. Cette première transformation fondamentale conditionne la suite — le corps mortel est transformé en corps de la résurrection dans l’« esprit qui donne la vie ».
3. La troisième transformation est possible à partir de là : les dons du pain et du vin, qui sont à la fois des dons de la création et le fruit du travail humain (et donc déjà des « transformations » de la création), sont transformés, si bien qu’en eux, le Seigneur lui-même qui se donne devient présent — car il est don. L’acte de donation n’est pas une partie de lui, mais lui-même.
Jésus veut transformer les hommes et le monde
Le regard s’ouvre alors sur deux transformations supplémentaires, qui sont essentielles dans l’Eucharistie dès l’instant de son institution.
4. Le pain transformé, le vin transformé, dans lequel le Seigneur se donne comme esprit qui donne la vie, est présent pour transformer les hommes, afin que nous devenions un seul pain avec lui, puis un seul corps avec lui. La transformation des dons, qui n’est que la suite des transformations fondamentales de la croix et de la résurrection, n’est pas le point final, mais elle est, elle aussi, seulement un début.
L’objectif de l’Eucharistie est la transformation de ceux qui la reçoivent : que nous devenions avec le Christ et en lui, un organisme de donation, pour vivre en vue de la résurrection et du monde nouveau.
C’est toute la création qui doit être transformée
5. Ainsi apparaît la cinquième et dernière transformation, qui caractérise ce sacrement : à travers nous, les transformés, devenus un seul corps, un seul esprit qui donne la vie, toute la création doit être transformée. Toute la création doit devenir « une nouvelle cité », un nouveau paradis, la demeure vivante de Dieu : « Dieu qui est tout en tous » (1 Co 15, 28) — c’est ainsi que saint Paul décrit l’objectif de la création, qui doit se définir à partir de l’Eucharistie.
L’Eucharistie est donc un processus de transformation, auquel nous sommes appelés à participer, en tant que force de Dieu pour la transformation de la haine et de la violence, pour la transformation du monde.
La vie divine se donne et agit au cœur de la matière
Si le premier homme était une âme vivante, comme le dit saint Paul, le nouvel Adam, le Christ devient à travers cet événement un esprit dispensateur de vie (1 Co 15, 45). Le ressuscité est donation, est un esprit qui donne la vie et qui est, comme tel, communication de vie. Cela signifie que l’on n’assiste à aucun congé de la matière ; de cette façon, elle atteint au contraire son objectif : sans l’événement matériel de la mort et son dépassement intérieur, tout cet ensemble de choses ne serait pas possible. Ainsi, dans la transformation de la résurrection, tout le Christ continue à subsister, mais il est à présent transformé de telle façon que le fait d’être corps et de se donner sont impliqués l’un dans l’autre.
Dans la célébration de notre eucharistie quotidienne, le Seigneur demande notre présence personnelle et de notre abandon, et nous entraîne lui-même dans son dynamisme vital. Nous venons, nous l’écoutons, nous nous offrons dans l’offrande du Christ, nous communions, nous prenons consistance communautaire par l’action de l’Esprit qui donne vie (et beaucoup plus que par le frottement de la vie communautaire), et nous devenons mystérieusement et mystiquement force de transformation pour le monde. Même si nous devions vivre souvent des célébrations sans prêtre, le rassemblement eucharistique quotidien produit ses fruits par l’oeuvre initiale de la donation de Jésus qui agit pour toujours au cœur de ce monde.
Mais, direz-vous, il manque la célébration de l’offrande du Christ que seul le prêtre peut accomplir. Oui, cependant, nous pouvons la vivre spirituellement, comme il a été enseigné par exemple à Fatima : « Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément et je vous offre le très précieux Corps, Sang, Ame et Divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles du monde, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquelles il est Lui-même offensé ».
1 Partie centrale : extraits d’une conférence du Cardinal Ratzinger lors du Congrès eucharistique de Bénévent (Italie). L’Osservatore Romano – 23 juillet 2002. Sous-titres, aménagement des extraits, et travail typographique : DA.
