Temple, église, corps… quel culte ?

(9 nov. — Dédicace de la basilique du Latran — Jn 2, 13-25)

Lorsque l’empereur Constantin donna pleine liberté aux chrétiens (313), ceux-ci ne se sont pas ménagés pour construire des lieux au Seigneur, et nombreuses furent les églises bâties à cette époque. L’empereur lui-même fit construire une magnifique basilique sur le mont Celio à Rome, à l’emplacement de l’ancien palais du Latran, que le pape Sylvestre Ier dédia au Saint-Sauveur (318 ou 324). La basilique est considérée par les chrétiens comme la principale, la mère de toutes les églises du monde. Détruite plusieurs fois au cours des siècles, elle fut toujours reconstruite, et la dernière fois, c’est sous le pape Benoît XIII, qui la reconsacra en 1724. C’est à cette occasion que la fête que nous célébrons aujourd’hui a été établie et étendue à l’ensemble de la chrétienté.

Le Temple, un lieu de rencontre

Les lectures bibliques choisies pour cette fête développent le thème du « Temple ». Dans l’A.T., le prophète Ézéchiel (1è lect., Ez 47), depuis son exil à Babylone (vers 592 avt J.— C.), essaie d’aider le peuple à sortir de son découragement de ne plus avoir de terre et de lieu pour prier. Ainsi s’élève son message dans lequel il annonce le jour où le peuple adorera son Dieu dans le nouveau Temple. Lieu de rencontre entre l’homme et Dieu, Maison de Dieu et du peuple de Dieu. De ce temple, poursuit le prophète, il voit l’eau jaillir : « Je vis que sous le seuil du temple, jaillissait de l’eau ». Une eau qui est un don et qui apportera la vie, la bénédiction ; une eau qui « descend de dessous le côté droit » du Temple, dans laquelle il faut s’immerger, dans une symbolique qui préfigure l’eau de la blessure du cœur de Jésus, le nouveau Temple d’où provient l’Esprit.

Jésus, le nouveau Temple

L’épisode des vendeurs chassés du Temple donne lieu à cette réponse prophétique de Jésus aux prêtres du Temple : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai ». Ce n’est pas une allusion à l’édifice, mais au « sanctuaire » véritable, lui-même, Jésus, présence de Dieu. « Lui parlait du sanctuaire de son corps ». Le lieu de rencontre n’est plus un lieu construit par les hommes, mais dans la personne même du Christ. Depuis son incarnation dans le sein de Marie, Jésus, à la fois Dieu et homme, est le lieu de rencontre entre Dieu et l’homme, dont nos églises, fussent-elles de magnifiques cathédrales ou basiliques, ne sont que de pâles représentations en pierres. Et, don suprême, par le baptême, chacun de nous est devenu « la maison de Dieu » : l’Esprit lui-même habite en nous (1 Co 3, 16). Ressuscité, Jésus soufflera sur ses apôtres en disant : « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22), réalisant ainsi la prophétie d’Ézéchiel 47.

Écouter l’homélie

Le culte saint : l’adoration filiale

Lorsque Jésus chasse du Temple des personnes qui introduisent le profane dans le lieu saint, les marchands de bétail et les changeurs de monnaies, il s’engage tout entier pour la restauration de la sainteté du sanctuaire central du culte d’Israël, au risque de sa vie. La parole qui justifie son geste (« le zèle de ta maison me dévorera ») est extraite du Ps 68,10 décrivant la situation du juste souffrant. L’amour zélé du Fils envers cette maison, qui rassemble les enfants du Père, l’amènera jusqu’à l’offrande même de sa vie. Jésus, comme le psalmiste, doit souffrir en s’engageant en faveur de la maison du Seigneur.

Le fouet de Jésus1, propre au récit de Jean, sert à illustrer la scène. Elle devient alors l’annonce du Jugement divin. Le fouet est bien souvent l’instrument symbolique de ce jugement envers les oppresseurs païens d’Israël (Is 10,26 : Contre eux, le Seigneur de l’univers va brandir un fouet ; aussi Na 3, 1) ou envers les fils d’Israël oublieux de la Loi et méprisant le juste et le pauvre. Que faut-il comprendre ?

Jésus critique les « commerces» d’objets et de prière (« enlevez cela d’ici »)qui viennent dévoyer le Temple de sa première vocation. Mais aussi l’extérioritéd’un culte lié aux sacrifices de bœufs, de brebis, de colombes venant empêcher la véritable rencontre avec Dieu «présent dans le secret » (Mt 6,6).

À la maison de commerce, remplie de gestes ostentatoires et extérieurs, Jésus oppose une maison où se vit la gratuité filiale, la « maison de mon Père ». Jésus nous appelle ainsi au nom du Père à la conversion pour une véritable adoration filiale, en esprit et vérité (Jn 4,23).

1Dans la saison 5 de la série The Chosen, on voit Jésus s’appliquer à fabriquer lui-même le fouet à l’avance, puis le sortir de son sac au bon moment… en contradiction avec l’Évangile (« il fit un fouet avec des cordes », Jn 2,15).