L’œuvre multiple de l’unique Esprit


(Pentecôte A — Jn 20,19-23) — Écouter l’homélie

Nous voici parvenus au terme de notre cheminement pascal. L’Esprit Saint promis est venu. Nous le célébrons aujourd’hui. Il demeure définitivement au cœur de l’humanité pour la recréer, la réconcilier, et ainsi lui donner une expérience de plénitude où l’unité se vit dans le respect de la variété des dons reçus.

Il souffla sur eux… recevez l’Esprit

Une expérience de recréation et de réconciliation. Par deux fois, Jésus souhaite la Paix, pour se faire reconnaître et pour envoyer en mission. En soufflant sur les disciples, Jésus ressuscité donne l’Esprit. Jésus souffle comme le Dieu de la Genèse, il accomplit une création nouvelle. Et il envoie ses disciples en mission pour dissoudre les péchés, ces obstacles qui empêchent l’union à Dieu parce qu’ils nous replient sur nous-mêmes et l’offensent.

La mission des apôtres est aussi la nôtre. Par notre vie d’union au Christ, nous servons cette œuvre divine. Par notre propre conversion, en recevant le sacrement de réconciliation, nous recevons l’Esprit pour qu’il dissolve nos péché et fasse de nous des annonciateurs du pardon divin, afin de faire progresser le monde vers la réconciliation et l’unité. « Unique Arche du Salut, l’Église doit accueillir dans sa vaste nef toute la diversité humaine. Unique Salle du Banquet, la nourriture qu’elle distribue provient de toute la création. La robe sans couture du Christ est aussi — et c’est une seule et même chose — la robe multicolore de Joseph » (H. de Lubac).

La maison en fut remplie… tous furent remplis…

Une expérience de plénitude. Ce verbe, « remplir » revient deux fois dans le récit de la Pentecôte donné par Luc. Le souffle de l’Esprit remplit la maison tout entière, un vent impétueux qui se transforme en feu, le feu de l’Amour divin qui vient alors remplir chacun : « tous furent remplis d’Esprit Saint ». Les signes de la venue de l’Esprit sont multiples : le vent et le souffle, le feu, le parler en langues, sans doute ici à la fois glossolalie (la prière en langues s’adressant à Dieu) et xénolalie (le parler en langues étrangères étant compris de tous dans la multiplicité).

Ce parler en langues est adressé et accueilli de façon à la fois personnalisée et universelle (le verbe entendre est répété 4 fois comme pour manifester cette universalité géographique). Il est entendu par chacun « dans sa langue maternelle », et comme la publication des « merveilles de Dieu ». Finalement une sorte de louange qui rapporte tout à Dieu, favorisant là encore l’union des créatures avec leur Créateur.

Dans un unique Esprit… un seul corps…

Une expérience de variété et d’unité. « Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous. » Variété dans les charismes, les services, les activités. Unité parce que c’est le même Esprit qui agit en tous. « Il est tout entier présent à chacun, mais tout entier partout. Il se divise, mais sans subir aucune atteinte. Il se donne en partage, mais garde son intégrité : à l’image d’un rayon de soleil, dont la grâce est présente à celui qui en jouit comme s’il était seul, mais qui brille sur la terre. » (St Basile).

Il est très important que nous gardions cette vision symphonique de la présence et de l’œuvre de l’Esprit Saint. Il anime le corps tout entier de l’Église moyennant la participation de chacun d’entre nous. Aucun d’entre nous n’est privé de l’Esprit, il n’existe pas de chrétien qui n’ait pas de charisme :

« Le Saint-Esprit emploie la langue de celui-ci au service de la sagesse ; il éclaire par la prophétie l’âme de celui-là ; il donne à un prêtre le pouvoir de chasser les démons ; à un autre encore celui d’interpréter les divines Écritures. Il fortifie la chasteté de l’un, il enseigne à un autre l’art de l’aumône, il enseigne à celui-ci le jeûne et l’ascèse, à un autre il enseigne à mépriser les intérêts du corps, il prépare un autre encore au martyre. […]Celui qui a l’avantage de recevoir le Saint-Esprit a l’âme illuminée, et il voit de façon surhumaine ce qu’il ne connaissait pas »(St Cyrille de Jérusalem).

« C’est un grand signe d’espérance — surtout à notre époque, marquée par tant de conflits et de guerres — de savoir que l’Église est un peuple où des femmes et des hommes de nationalités, de langues et de cultures différentes coexistent par la force de la foi : c’est un signe inscrit au cœur même de l’humanité, un rappel et une prophétie de cette unité et de cette paix auxquelles Dieu le Père appelle tous ses enfants » (LéoXIV, A.G. 11 mars 2026)