Dans notre quête du passé, attention au fausses croyances

Notre cerveau est ainsi fait qu’il est plus facile de croire que de savoir ou réfléchir. À l’heure où se multiplient les vérités alternatives, ces discours séduisants mais infondés, comment démêler le vrai du faux ? La question se pose notamment en histoire. Le très controversé Graham Hancock a beau proposer des thèses incohérentes, sa série Netflix remporte un certain succès.

À notre époque, décidément très paradoxale, où l’accès au savoir historique n’a jamais été aussi facile, les vérités alternatives prospèrent. Comment démêler le vrai du faux en histoire ? C’est ce à quoi s’emploie JEAN-JACQUES BEDU, essayiste et biographe, créateur du prix Mare Nostrum. Son livre, « L’Odyssée du savoir. Vraies sagesses et fausses croyances, tome 1 : Des origines à l’Antiquité tardive » (éd. Cerf, 2026), est une réponse à la série Netflix « Ancient Apocalypse » (traduit par « À l’aube de notre histoire ») du journaliste très controversé Graham Hancock.

Qui est Graham Hancock ?

« Dans le milieu, Graham Hancock est surnommé pyramidiot mais je pense qu’il n’est pas si idiot que ça, en définitive, parce que Graham Hancock c’est plus de dix millions de lecteurs. » Jean-Jacques Bedu rappelle que ce journaliste britannique a monté un véritable business. Et que sa série, « Ancient Apocalypse » a récolté à peu près 100 millions de vue pour les deux saisons.

Que dit Graham Hancock ? Qu’il y a eu une civilisation originelle qui aurait disparu. Et que, en résumé, même si les travaux menés par les archéologues et historiens le contredisent, ce sont des charlatans et que lui seul détient la vérité. Graham Hancock se présente comme « un homme absolument seul contre l’establishment qui nous raconte une histoire absolument extraordinaire ».

Selon lui, à la fin de la période glaciaire, c’est-à-dire vers -12.000, il aurait existé une civilisation technologiquement très avancée. Elle aurait disparu mais nous aurait laissé certains secrets, sans lesquels nous n’aurions jamais pu bâtir les temples de Göbekli Tepe, les pyramides d’Égypte, les ziggurats de Mésopotamie ou encore les mégalithes de Stonehenge. « Ça, c’est sa grande thèse », résume Jean-Jacques Bedu.

La théorie de Graham Hancock : l’exemple d’une vérité alternative en histoire

« Que Graham Hancock soit journaliste et non historien ou archéologue, cela n’est pas un problème, rappelle Jean-Jacques Bedu. Ce qui est grave, c’est qu’il va nous amener dans une direction où rien n’est cohérent, en fait. » Une direction vers laquelle il est cependant facile d’aller.

Ce qui opère ici c’est ce fameux mythe de l’Atlantide, qui semble plus que jamais actif ! Si Graham Hancock n’en parle jamais, « on pressent évidemment qu’il s’agit de ce fameux continent perdu », affirme Jean-Jacques Bedu. L’Atlantide, c’est cette île « au-delà des colonnes d’Hercule », nous dit Platon dans le Timée, c’est-à-dire située au-delà du monde connu. Une île qui a sombré en un jour et une nuit, punie par son orgueil absolu. 

Cette métaphore inventée par Platon a été revisitée à plusieurs reprises au cours des siècles. Elle a ressurgi à la Renaissance et surtout au XIXe siècle avec notamment « La Doctrine secrète » d’Helena Blavatsky (1888) – « une folle », résume Jean-Jacques Bedu. Ce mythe de l’Atlantide a aussi intéressé « largement » les nazis.

Pourquoi ces vérités alternatives nous séduisent

Il faut bien l’admettre, la série de Graham Hancock a quelque chose de fascinant. « Quand on regarde ce style d’émission on a la sensation d’accéder à un secret, que nous sommes supérieurs. Ça nous fait du bien ! » reconnaît Jean-Jacques Bedu. « Je suis tombé dedans, confie-t-il. Je suis un grand rêveur, on a tous une appétence pour les mystères. »

En bon historien amateur, il a tout de même enquêté sur les thèses de Graham Hancock. « Et là c’est incroyable, c’est terrifiant ! Ce ne sont que des billevesées, c’est n’importe quoi mais ça fonctionne très bien, ça permet de faire rêver. On a besoin de rêves. »

La psychologie nous l’enseigne : notre cerveau est « une machine à croire » avant d’être une machine à savoir. Jean-Jacques Bedu nous rappelle ce qu’a montré le prix Nobel d’économie (en 2002), Daniel Kahneman, auteur de « Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée » (2001). Qu’il existe dans notre cerveau un « système intuitif que l’on active au moindre de danger ». Et un autre système, qui est « la raison, la réflexion », que « notre cerveau n’aime pas du tout activer ». Ce second système consomme 20% de notre énergie y compris pendant le repos. De quoi expliquer pourquoi nous nous laissons si facilement séduire par des vérités alternatives.


Jamais l’information n’a été aussi accessible. Jamais l’opinion ne s’est autant égarée. Face aux vertiges d’un futur inconnu, notre cerveau préfère fuir dans les mirages d’un passé réinventé.
Alors que la croyance menace d’éclipser la connaissance, Jean-Jacques Bedu nous permet de renouer avec la vérité.
De sa trilogie monumentale, de cette odyssée inégalée du savoir qui nous conduira de l’énigme des peintures rupestres aux défis de l’intelligence artificielle, voici le premier volume, consacré à l’éveil de la pensée.
Des rituels chamaniques du Paléolithique aux pyramides d’Égypte, des piliers énigmatiques de Göbekli Tepe aux cultes à mystères grecs, des mégalithes de Stonehenge au mythe de l’Atlantide, rendez-vous aux sources de notre humanité.           Alliant authenticité et objectivité, réenchantant notre histoire, Jean-Jacques Bedu nous révèle ici ce que signifient la gloire de la science et la splendeur de la sagesse.
Une enquête rigoureuse, captivante, indispensable.
L’encyclopédie du IIIe millénaire.
Essayiste et biographe, lauréat de plusieurs prix littéraires, dont le Grand Prix de l’Académie du Languedoc, le Grand prix de la biographie et de la Société des Gens de Lettres, fondateur du site Internet et du Prix Mare Nostrum, consacrés à la littérature méditerranéenne, Jean- Jacques Bedu est l’auteur de nombreux ouvrages qui font autorité, dont Les Initiés, publié chez Robert Laffont, dans la collection « Bouquins ».