Jésus rayonnant et glorieux

2è D Car C — (Lc 9, 28-36)

La croissance du nombre de personnes participantes à la célébration des cendres viendrait-elle de l’influence de l’Islam ? Une des différences essentielles entre le ramadan et le carême, c’est que ce dernier est spécifiquement orienté vers la célébration du mystère pascal, la croix et résurrection du Seigneur. Après une première étape qui montre comment le Tentateur fait tout pour nous dévoyer de ce chemin, cette seconde étape est une préfiguration claire de la résurrection. Il aurait même fallu lire le récit depuis le v. 22 (alors que notre évangile liturgique commence au v. 28 b) : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. » Il leur disait à tous : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive ». Nous retrouvons bien le sens de ce parcours : par la croix vers la résurrection

Un chemin, un exode

Le trait le plus remarquable du récit de Luc concernant la transfiguration, c’est que Moïse et Élie s’entretiennent avec Jésus de son « exodos » c’est-à-dire sa mort, « qu’il devait accomplir à Jérusalem » (v. 31). Jésus va vivre un exode ; littéralement, exode, ex-odos, c’est une sortie de route, ou une arrivée au terme de la route. En même temps, pour des oreilles bibliques, le mot est chargé de l’histoire et de l’expérience de la libération d’Egypte. Luc regarde comme un nouvel Exode tout ensemble la Passion, la Résurrection et l’Ascension du Christ : par ses souffrances, Jésus quitte Jérusalem incrédule qui correspond à l’Égypte, pour entrer dans la gloire, qui correspond à la Terre Promise de l’ancien Exode.

La gloire à venir, déjà présente

La Transfiguration de Jésus n’est pas une métamorphose (Luc évite ce terme qu’on trouve dans la mythologie païenne, cf. Ovide), elle est comme un gage, un acompte, une avance, une provision sur la gloire à venir, qui se manifestera au jour de Pâques. Saint Luc est le seul évangéliste à utiliser dans le récit le terme doxa (gloire). « C’étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire (v. 31). « Restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés » (v. 32). On retrouve ce lien entre la Passion et la Gloire dans l’évangile de Jean ; après l’entrée triomphale à Jérusalem, Jésus s’exprime en ces termes : « Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? « Père, sauve-moi de cette heure » ? — Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! » Alors, du ciel vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifié (transfiguration ?) et je le glorifierai encore (résurrection) » (Jn 12, 27-28).

En attente de notre propre résurrection

Recevons comme un cadeau le passage de la lettre aux Philippiens que nous écoutons ce dimanche. Il situe admirablement cette tension vers la gloire à venir. Il ne s’agit plus de Jésus dans sa vie terrestre, mais de nous-mêmes dans notre vie chrétienne ordinaire. « Nous, nous avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux, avec la puissance active qui le rend même capable de tout mettre sous son pouvoir. Ainsi, mes frères bien-aimés (…) tenez bon dans le Seigneur » (Ph 3,20- 4,1).Tout est dit.

Écouter l’homélie

Continuer à gravir la montagne

Alors, comment poursuivre notre carême ? Méfions-nous de la cure de bien-être imaginée par Pierre : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes »… Ce désir de voir se prolonger la présence glorieuse de Jésus, Élie et Moïse montre tout simplement qu’il n’a pas encore compris. On connaît bien ce phénomène dans la vie spirituelle, surtout dans l’époque actuelle : s’attacher aux ressentis sensibles agréables plutôt que de s’ouvrir toujours plus au donateur…

Si Jésus a gravi la montagne, ce n’est pas pour être transfiguré. Luc est le seul à indiquer que Jésus gravit la montagne pour prier et que la Transfiguration s’est produite au cours de la prière de Jésus, comme si elle en avait été le fruit. Vivre le carême, c’est donc aussi continuer à gravir la montagne : prier plus, lire plus l’Écriture, mieux recevoir les sacrements…Ne pas s’arrêter de chercher la face de Dieu, dit le psalmiste (Ps. 26) :

Mon cœur m’a redit ta parole : « Cherchez ma face. »