Jetez le filet !

Jean chapitre 21 est un supplément, d’une grande densité, écrit sans doute après la mort de Pierre, et de Jean.

Un récit richement symbolique de la mission de l’Église

1. Pierre, l’apôtre, s’y présente comme le chef des Douze, désigné par Jésus — 2. Il part à la pêche, en mission, « désormais ce sont des hommes que tu prendras » (Lc 5) — 3. Avec lui, 6 autres, donc 7 en tout, chiffre de plénitude ; c’est toute l’Église qui est missionnaire — 4. Ils montent dans la barque, figure de l’Église — 5. La pêche est miraculeuse à cause de l’ordre de Jésus : « Jetez vos filets à droite » ; c’est le résultat de la mission — 6. C’est Pierre, le chef, qui ramène le filet jusqu’à Jésus — 7. Ce filet contient 153 poissons (chiffre de toutes les espèces de poissons connues à l’époque), toutes les nations — 8. Il ne se déchire pas (schizô, schisme) : l’Église est dans l’unité — 9. Jésus invite ses disciples : « Venez déjeuner » ; il s’approche, prend le pain et le leur donne, montrant ainsi que toute mission s’achève en Eucharistie — 10. Il est probable que le symbolisme se rapporte à la dernière mission de l’Église, lors de la Venue glorieuse du Christ sur le rivage de l’Histoire humaine ; les missionnaires, en la personne du successeur de Pierre, ramèneront une Église enfin unifiée et universelle à Jésus qui les invitera au banquet éternel.

Une leçon sur le discernement nécessaire à la mission

Pierre part à la pêche avec ses compagnons ; il a passé toute la nuit sans rien prendre. Il part en mission sur sa seule décision. C’est l’échec. — Survient le Ressuscité qui donne l’ordre de la mission : « Jetez vos filets à droite, et vous trouverez ». En obéissance à la parole de Jésus, et par la puissance de Jésus, Pierre fait une pêche couronnée de succès et même miraculeuse — Laissés à nous-mêmes, y compris avec les meilleures recettes et la meilleure bonne volonté, nous ne pouvons rien dans l’œuvre apostolique. Nous devons travailler sur l’ordre de Jésus, et avec sa puissance. C’est lui qui donne la fécondité, et non pas notre générosité — Mieux vaut donc ne pas se presser, prendre le temps long de la prière pour recevoir la lumière, plutôt que d’entreprendre quelque chose qui n’aboutira pas, parce que basé sur nous-mêmes.

Écouter l’homélie

La mission est communautaire

Le récit met en œuvre trois vocations différentes — Jean le contemplatif : le premier, il a su reconnaître que l’étranger sur le rivage, c’est Jésus ressuscité — Pierre, l’homme d’action, qui peut-être avait quitté le vêtement de la foi, pour agir plus librement en son nom propre… et qui se jette à l’eau pour rejoindre Jésus sur le rivage — Les 5 autres qui par leur travail patient accompagnent l’entreprise jusqu’à son terme — Trois vocations bien différentes, et il y en a encore d’autres. Toutes ces vocations sont des dons complémentaires. Ce sont les contemplatifs qui ouvrent les yeux aux hommes d’action, comme Jean qui a désigné Jésus à Pierre. Ce sont les hommes d’action qui sont capables de mettre en œuvre les grands projets missionnaires inspirés et insufflés par Jésus. Ce sont tous les autres qui par la fidélité de leur humble présence, là où le Seigneur les a placés, permettront à l’Église de rester féconde.

Pierre le pasteur du troupeau et Jean le témoin qui demeure

À travers la triple question posée et le jeu des verbes grecs (agapein, aimer d’un amour de don ; philein, aimer d’amitié), à travers le triple envoi explicite de Pierre dans sa mission de Pasteur, Jésus le guérit du reniement à sa racine : la présomption. Et il lui promet la grâce de la croix : « Suis-moi ». Pierre appelé, formé, renégat, guéri, confirmé, est établi pasteur du troupeau.

La parole énigmatique concernant Jean : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne » est peut-être une allusion à son Évangile qui entretient le feu de l’Amour dans le cœur de l’Épouse (l’Église), pour accueillir la Venue glorieuse de l’Époux.

Ainsi, l’Église est-elle animée par Pierre et Jean. Ils demeurent tous deux jusqu’à la venue glorieuse de Jésus.