La foi pascale pour tous les temps

« Huit jours plus tard », c’est encore la fête de l’Apparition du Ressuscité. Mais le temps passe, les disciples témoins et missionnaires se multiplient : les femmes, Marie-Madeleine, les Dix plus Thomas, et nous tous aujourd’hui. Thomas, présent dans l’évangile de ce dimanche, symbolise précisément les générations des croyants à venir.

Thomas, le disciple absent

« Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu » (20,24). Alors que l’absent qu’est le Christ se rend présent, l’un des apôtres qui aurait dû être présent était absent. Thomas, le disciple absent, représente déjà ces futurs disciples qui vont rejoindre la communauté après la manifestation du Seigneur. Dans l’évangile selon Jean, Thomas n’est donc pas uniquement la figure de celui qui doute ; c’est aussi une figure énergique et résolue, qui par ses affirmations innocentes exprime sa décision de suivre Jésus. Au moment du décès de Lazare, il dit : « Allons, nous aussi, et nous mourrons avec lui » (11,16). Et lorsque Jésus annonce son prochain départ : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment en connaîtrions-nous le chemin ? » (14,5). Maintenant, au moment où Jésus ressuscité apparaît, Thomas, qui n’a pas vu et touché le Seigneur présent au milieu des disciples, veut voir et rencontrer Jésus par lui-même…

Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru

Le récit des apparitions du Ressuscité, en saint Jean, a comme point de départ la personne de Marie-Madeleine qui cherche le corps de son Seigneur ; elle ne voit que l’absent et demeure dans l’incompréhension. Les figures de Marie-Madeleine et de Thomas encadrent le récit de la manifestation de Jésus à ses disciples, ce sont deux personnes qui veulent le retenir ou le toucher. Mais Jésus répondra à Marie-Madeleine « ne me retiens pas » (20,17), et à Thomas « cesse d’être incrédule, sois croyant » (20,27). Car il faut maintenant que sur la parole de Marie-Madeleine, sur celle du disciple bien-aimé1, sur celle des Dix, Thomas puisse croire sans voir ; et nous le comprenons bien, il faut que nous aussi puissions croire sans voir…

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La médiation de la communauté croyante

La foi de Thomas naît déjà d’une transmission par une chaîne de témoins. Marie avait dit aux disciples « J’ai vu le Seigneur » (20,18), et les disciples transmettent ce même témoignage à Thomas « nous avons vu le Seigneur » (20,25). Mais pour Marie comme pour Thomas, ainsi que pour les disciples, c’est la parole de Jésus qui oriente vers la vraie foi. Et voici que pour nous tous, et pour tous les catéchumènes d’aujourd’hui, la foi continue à naître aussi de toute la chaîne des croyants qui nous ont précédés. En ce sens, la volonté exprimée par Thomas de voir et de rencontrer Jésus par lui-même garde une ambiguité. Car si c’est un refus de mettre sa foi en ses compagnons, nous savons bien aujourd’hui qu’on ne peut adhérer à Jésus et le suivre en dehors du témoignage de la communauté…

En Thomas nous sommes présents

La conclusion de l’évangile (« ces signes ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom », 20,31) vient nous interpeller. Nous ne pouvons pas nous plaindre d’avoir été absents (du genre : ils ont bien de la chance, les apôtres…). Car à notre tour, nous sommes invités à croire la parole ecclésiale de l’évangile. Ce dernier a été écrit dans le dessein d’affermir la communauté, l’Église, dans la foi au Christ crucifié-ressuscité. Une foi mise en forme dans cette unique béatitude du Ressuscité : « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru » (20,29). La foi de Thomas, la foi des disciples, notre foi, n’a plus besoin de « voir » le tombeau vide, ni le Ressuscité dans une apparition. La parole de Jésus rapportée par l’évangile suffit désormais à fonder la foi, même si une expérience personnelle peut aider à la développer. Jésus soutient cette démarche par sa prière qui intercède pour nous.

« Je ne prie pas seulement pour eux, mais aussi pour ceux qui grâce à leur parole croiront en moi » (17,20)

1Le seul qui fut aux côtés de Jésus à la Cène et au pied de la croix, le seul qui a pu voir et croire en contemplant le tombeau vide (« Il vit et il crut », 20,8).