25° D. TO A — Mt 20,1-16
Avec cette parabole, nous sommes sans une partie de l’évangile selon Matthieu (ch. 19-20) qui illustre le retournement évangélique. L’impossible amour (question sur le divorce), l’impossible détachement (l’homme riche), l’acceptation que le dernier ait tout autant à recevoir que le premier (notre parabole), devenir petit et servir plutôt que d’avoir des places d’honneur (les places dans le Royaume), la guérison donnée avec bonté malgré les protestations (les 2 aveugles).
Appelés et envoyés travailler
Cette parabole, comme plusieurs autres, a pour but de parler du Royaume des cieux (v. 1). Jésus prend comme point de comparaison le travail dans une vigne, situation familière à ses auditeurs. Un vignoble nécessitait beaucoup d’employés, que ce soit pour tailler les plants ou pour entretenir les sillons d’irrigation. Il en fallait encore davantage aux vendanges pour ramasser les grappes et presser le raisin.
Que représente ce travail ? En raison du verbe « envoyer », apostellô en grec (il les envoya à sa vigne, v. 2, même verbe que pour l’envoi des Douze en 10, 5), nous pouvons y reconnaître le labeur missionnaire d’annonce de la Parole. Travailler au Royaume de Dieu est ouvert à tous et à tout moment…
Que représente la durée ? Sans doute la durée dans une vie de l’engagement au service de l’annonce. Les derniers vont travailler douze fois moins que les premiers, juste une heure ! Mais ils sont plutôt désœuvrés que fainéants. « Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ? (v. 3,6) — Parce que personne ne nous a embauchés » (v. 6-7). Ce n’est pas de leur faute : peut-être n’ont-ils tout simplement pas eu la chance de rencontrer quelqu’un qui fasse résonner à leur cœur l’appel du Seigneur…
Une distribution du salaire étonnante
L’étape de la rémunération renvoie à la récompense que chaque personne recevra pour son engagement au service de l’Évangile. Cette interprétation s’impose d’autant plus que Matthieu nommekyrios — en français « seigneur » — le personnage qui fait distribuer le salaire. Il s’agit d’un titre donné fréquemment à Dieu, et c’est bien de Dieu dont il va être question.
À la demande explicite du Seigneur de la vigne, le salaire est distribué en commençant par les derniers engagés. D’où la leçon que Matthieu tire de la parabole au verset 16 : « Ainsi les derniers seront (comme les) premiers et les premiers seront (comme les) derniers », parole de Jésus qui se trouve déjà juste avant la parabole en 19,30, et donc qui l’encadre1. Il ne s’agit pas d’égalitarisme, mais de réponse à l’appel. Tous sont appelés peu répondent (v. 16 b). Peu importe qu’ils aient attendu sur le quai de la gare ou attrapé le train en marche. L’essentiel, c’est qu’ils se soient décidés pour suivre le Sauveur.
« Ce qui est juste » aux yeux de Dieu (« je vous donnerai ce qui est juste », v. 4), c’est la très grande générosité, la bonté exceptionnelle, excessive, à l’égard des derniers embauchés.
La générosité de Dieu est autre que la justice humaine
Notre Dieu est au-delà et en-deçà des règles terrestres. C’est pourquoi l’ouvrier qui murmure (gogguzô) et critique se voit répondre : « ton œil est-il mauvais parce que je suis bon ? » (v. 15 ; cf. 6, 22 où mauvais s’oppose à simple). Cette réponse essaie de lui faire comprendre que c’est parce qu’il voit mal, à cause d’un problème de vision, qu’il n’arrive pas à comprendre son comportement à lui. Façon très délicate de corriger le Schtroumpf Grognon. Et de nous inviter à une réflexion sur nos préjugés et sur le regard que nous portons sur Dieu et sur les autres…
« Mon ami… » (en Mt, chaque fois que Jésus utilise le titre d’« ami », c’est pour s’adresser à quelqu’un qui est en tort 2), la générosité ne lèse personne. Dieu n’accorde pas son salut en fonction du mérite. Dans son amour généreux, Dieu désire donner ce qu’il a de meilleur même à ceux et celles qui n’ont pas eu la possibilité de s’engager longuement pour la cause de l’Évangile. Le jugement opérera un étonnant renversement de situation en raison même de la bonté et de la libéralité de Dieu.
Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées (Is 55, 9).
1On la retrouve en Mt 19, 30, Mc 10, 31, Lc 13, 31 ainsi que la parabole des invités à une noce en Lc 14, 7-11.
2Jésus appelle « ami » l’homme qui n’a pas le vêtement de noce (Mt 22, 12) et Judas qui s’approche pour le faire arrêter (Mt 26, 50).
