Professions de foi et lettres de recommandation concernant les lefebvristes
Andrea Grillo, théologien italien. Ici sur son blog.
Photo : En 1997, lors de la consécration de l’église traditionaliste Saint-Martin-des-Gaules à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), par Mgr Bernard Fellay, un des quatre évêques ordonnés en 1988 pour la Fraternité Saint-Pie-X, sans la permission du pape. Jean Pierre POUTEAU / CIRIC
Pour comprendre cet article, plusieurs explications sont nécessaires. Les Lefebvristes ont publié il y a 4 jours sur le site de la FSSPX une profession de foi prétendue catholique dans laquelle ils expliquent sans vergogne la religion au Saint-Père.
Ensuite, Andrea Grillo explique que le traditionalisme est une erreur qui a été dénoncée par le premier Concile du Vatican (1870). De fait, la Constitution Dei Filius rejette le traditionalisme parce qu'il s'apparente au fidéisme, c'est-à-dire une foi qui désire s'imposer sans l'usage de la raison.
Andrea Grillo cite trois grands traditionalistes actuels encore dans l'Eglise qui viennent d'admonester le pape pour qu'il supporte la position des lefebvristes avec indulgence. Il s'agit de l’évêque Athanasius Schneider, pour lequel on ne comprend pas pourquoi le Saint-Siège ne l'a pas encore démis ; le prélat d'honneur (de leçons) italien Nicola Bux ; le bénédictin australien (on devrait chercher pourquoi il a quitté l'Australie) Alcuin Reid, que Mgr Dominique Rey avait accueilli dans son diocèse de Toulon et qui s'est fait suspendre après avoir été ordonné prêtre en cachette. Ces féroces soldats de la messe "de toujours" se font entendre dans nos campagnes pour établir leur tyrannie théocratique.
Enfin, il est fait allusion à l'attitude du cardinal Siri (promoteur de la Communauté Saint-Martin) qui voulait refuser la réforme de la Vigile Pascale restaurée par Pie XII en 1951. Avant Pie XII, elle était célébrée le matin du samedi saint. Le cardinal Siri avait alors proposé de garder les deux célébrations aux choix, ce qui avait été refusé. Et comme les traditionalistes et les intégristes sont nés le pied sur le frein, en ne regardant que le rétroviseur, Marcel Lefebvre a repris l'idée dès la mise en place de la restauration liturgique promue par les décrets du Concile Vatican II. Ce texte est une traduction automatique relue. Bonne lectur (P. Vignon et D. Auzenet).
À l’approche du 1er juillet — date susceptible de marquer un nouveau schisme dans l’histoire de l’Église catholique —, le débat culturel et ecclésial risque de réduire la situation à des catégories par trop simplistes. Il est fort intéressant de lire la « Profession de foi catholique » que la FSSPX a adressée au pape Léon (disponible ici) ; ce document s’accompagne d’une lettre qui semble inviter au dialogue, tout en étant animée par la ferme intention de procéder à des ordinations épiscopales sans l’accord de Rome (disponible ici).
La question juridique est très simple : la communion catholique, telle qu’elle a évolué au cours des derniers siècles, stipule qu’aucun évêque ne peut en ordonner un autre sans le consentement de l’évêque de Rome. S’il le fait, il rompt cette communion et s’excommunie de fait par un acte de schisme. Tel est l’aspect « juridique » de la question. Le problème est toutefois bien plus complexe, car il touche à une conception particulière de l’unité de l’Église et de la tradition sur laquelle elle se fonde — une conception qui implique des enjeux culturels et théologiques souvent négligés.
Tout d’abord, le mot que nous employons — le « traditionalisme » — est un terme qui n’est entré dans l’usage culturel et ecclésial qu’au XIXe siècle. Le traditionalisme est un produit de la modernité tardive et représente — pour le Magistère du XIXe siècle dont se réclament les membres de la FSSPX — une grave erreur dans la compréhension de la Tradition. Le concile Vatican I le juge lui aussi sévèrement. Le traditionalisme n’est pas un « intensificateur » de la Tradition, mais une manière de la nier. Où réside l’erreur ? Dans une absence totale de confiance en la raison. Le traditionalisme — lié d’une certaine façon au fidéisme — absolutise un rapport immédiat à la Tradition, en la confiant exclusivement à l’autorité de la foi, réduite à une approche purement « hiérarchique ». Dès le XIXe siècle, cela a impliqué une réaction contre l’empiètement de la raison par le biais d’un mouvement inverse — un mouvement contraire, mais tout aussi grave. Si le rationalisme abolit la Tradition parce qu’il la juge uniquement à l’aune de l’évidence, le traditionalisme la tue, car il ne l’interprète qu’en termes de passé et d’autorité, en faisant abstraction de toute évidence.
Il n’est donc pas difficile de comprendre ce qui se joue aujourd’hui — tout comme en 1988 : le prétexte juridique est une ordination célébrée contra legem (en violation de la loi). Toutefois, la raison profonde réside dans une lecture erronée et déformée de la tradition de l’Église, qui la fige dans un musée de concepts du XIXe siècle, en prétendant à tort qu’ils sont « tridentins » ou « intemporels ». Il s’agit d’une erreur de la modernité tardive qui refait surface aujourd’hui sous une apparence postmoderne. Le texte qui éclaire le mieux ce conflit est la Profession de foi ; longue de vingt-huit pages, elle illustre une tentative illusoire de reconstruire une tradition dépouillée des évidences apportées par l’histoire et la raison. Un oiseau empaillé ne rend pas hommage à la Création ; ou, pour reprendre les mots de Blondel, on ne peut suspendre qu’une chaîne peinte à un clou peint.
Curieusement, cependant, entre 1988 et 2026, plusieurs personnalités aux idées confuses ont pris la liberté d’adopter — au sein même de l’Église catholique — des positions étonnamment proches de celles des lefebvristes, tout en jouissant d’une certaine crédibilité auprès de certaines autorités romaines. Parmi elles, Mgr Schneider, le moine Alcuin Reid et Mgr Nicola Bux sont allés jusqu’à écrire des lettres « au Pape » pour l’« admonester filialement » (à ce sujet, je renvoie le lecteur à l’excellente synthèse disponible via ce lien : Is Vatican II Binding? The SSPX and the Optional Council – Where Peter Is) afin de l’inciter à faire preuve d’indulgence envers les lefebvristes. Après tout, depuis vingt ans, ces figures — s’appuyant sur une théologie de fortune — tentent de démontrer le bien-fondé de la voie ouverte par Summorum Pontificum.
Nous sommes ici confrontés à un aveuglement total. Comme les événements l’ont démontré (pour peu que l’on veuille bien accorder quelque crédit aux faits), Summorum Pontificum a fourni à l’opposition l’un de ses arguments schismatiques décisifs : l’idée que l’on peut demeurer catholique tout en faisant abstraction de la réforme liturgique — et, par extension, de la réforme de l’Église elle-même. Cela revient, en pratique, à rendre le Concile « facultatif ». Ce sophisme a été avancé comme un moyen de favoriser la communion au sein de l’Église. Or, l’émergence d’un nouveau schisme après près de vingt ans ne prouve qu’une chose : l’argument en question, loin de favoriser la communion, détruit l’unité catholique en entretenant chez d’autres catholiques l’illusion qu’il est possible de vivre la foi indépendamment du concile Vatican II — comme si la Tradition était, d’une certaine manière, « dispensable ». L’erreur traditionaliste est ici manifeste, non seulement chez les lefebvristes, mais tout autant dans les positions de Schneider, Reid et Bux. La seule différence est que ces trois derniers ne procèdent pas à des ordinations épiscopales contre la volonté de Rome. Pour autant, leur pensée s’inscrit pleinement dans la logique des vingt-huit pages délirantes de la « Profession de foi catholique » issue d’Écône.
Les préconisations émanant de ces figures du traditionalisme contemporain altèrent la communion catholique. C’est pourquoi la fidélité à la Tradition ne peut s’atteindre que par une compréhension rigoureuse du processus évolutif qui fait le lien entre le dogme et l’histoire. Cela met toutefois en lumière les limites du débat actuel. Le risque est que, le 1er juillet, l’attention demeure focalisée sur l’aspect canonique — en jugeant sévèrement l’acte d’ordination — sans évaluer avec la même gravité les prises de position concernant la Tradition, la liturgie, la morale et la conception que l’Église a d’elle-même, lesquelles constituent la source même de cette « offense ».
Engager un débat sérieux sur la racine de cette probable offense future — qui constituerait une grave réitération de celle commise il y a trente-huit ans — implique de revoir en profondeur certains concepts exprimés au cours des dernières décennies, non seulement par la partie schismatique, mais aussi par ceux qui sont « en communion ». Durant les « négociations » menées entre 2007 et 2017 dans le cadre singulier de la commission Ecclesia Dei, il n’était pas toujours évident de savoir de quel côté de la table s’exprimaient les positions les plus traditionalistes. S’agissant notamment de la liturgie, nombre de prélats se sont laissé abuser par l’« apparence de bien » inhérente à une idée faussée et contradictoire — conçue à l’origine par Giuseppe Siri en 1951 et reprise par la suite par Lefebvre à l’approche du schisme initial.
En réalité, l’idée selon laquelle deux rites mutuellement incompatibles peuvent être célébrés simultanément au sein de l’unique communion catholique est une idée schismatique, que nous avons réussi à masquer sous les traits d’un « processus de paix ». Le traditionalisme postmoderne a contaminé une part importante du discours catholique. Il nous faudra en débattre plus attentivement, si Dieu le veut. Ainsi, du mal objectif d’un schisme, un certain bien commun pourrait tout de même émerger pour ceux qui demeurent au sein de la communauté catholique.
Léon XIV au Révérend Pere Davide Pagliarani
Supérieur Géneral
de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X
C’est avec paternité que je souhaite m’adresser à vous et, à travers vous, aux évêques, aux prêtres, aux séminaristes et aux fidèles liés à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, conscient de la responsabilité que le Seigneur m’a confiée en tant que Successeur de l’Apôtre Pierre.
L’Église reconnaît l’attachement à la vie liturgique, l’engagement dans la formation sacerdotale, le zèle apostolique et le désir de fidélité à la Tradition qui caractérisent de nombreuses personnes et communautés liées à cette Fraternité. Cela a motivé l’attitude d’attention et de bienveillance que mes Prédécesseurs vous ont constamment manifestée.
Dans cet esprit, et rempli d’affection chrétienne, je vous demande et vous prie de tout mon cœur : revenez sur vos pas ! Je vous exhorte à considérer avec attention le bien spirituel des fidèles car l’acte schismatique que vous avez l’intention d’accomplir les priverait de la réception licite, voire dans certains cas valide, des sacrements qu’ils aiment et recherchent pour leur sanctification.
L’Église est ouverte à un chemin de dialogue et d’entente que le Saint-Esprit peut rendre possible et fécond.
Je prie pour vous car déchirer la Tunique sans coutures du Christ est un péché d’une extrême gravité. Que le Seigneur éclaire vos consciences et réveille vos cœurs. En vertu de l’autorité que j’ai reçue du Christ, c’est le cœur attristé, mais encore rempli d’espoir, que je me sens le devoir de vous demander de renoncer à votre projet. Je confie ces intentions au Cœur Immaculé de Marie, Mère du Bon Conseil.
Du Vatican, le 29 juin 2026
Solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul
LÉON PP. XIV
