Les saints ne sont pas des morts, mais des vivants !

Il y a les puristes, qui souhaiteraient une franche distinction entre la fête de Tous les saints, et la journée de prière pour les défunts qui tombe cette année un dimanche. Et puis, il y a les personnes proches des réalités qui acceptent de rendre poreuse cette barrière. On risque alors de s’exclamer : 

Les saints et les défunts, « quel mélange ! »

Pourtant, il faut s’efforcer de faire des distinctions. Chaque matin, dans ma prière, j’ai l’habitude de regarder sur une petite application de mon téléphone (Evangelizo) la liste des « saints du jour ». D’une part pour en nommer l’un ou l’autre lors de la célébration de la messe, mais aussi pour me laisser édifier et éblouir par des vies étonnantes qu’on serait loin de soupçonner. Nous pouvons avoir aussi sur notre agenda électronique telle ou telle date de départ, de « naissance au ciel » de personnes proches, pour nous en souvenir tous les ans… pour prier pour elles lors de la célébration de l’eucharistie.

Mais attention, prier pour les âmes des défunts, c’est différent d’invoquer les saints. Dans ce dernier cas, c’est une prière adressée « à » une âme bienheureuse, tandis que les prières de suffrage sont « pour » l’âme d’un défunt qui ne jouit pas encore de la vision béatifique. Nous nous trouvons ici face à un autre mystère de notre foi, celui du purgatoire.

La communion des saints

Nous devons bien distinguer aussi la communication avec les morts qui a pour horizon le spiritisme (condamné par la Bible), et la prière pour les défunts, qui a pour horizon la communion des saints, c’est-à-dire la famille des enfants de Dieu. Par le baptême, le chrétien est inséré dans la grande « famille » de Dieu, qui constitue un lien d’amour que même la mort ne peut détruire. Comme le rappelle le Concile Vatican II :

« tous ceux qui sont du Christ et possèdent son Esprit, constituent une seule Église et se tiennent mutuellement comme un tout dans le Christ. Donc, l’union de ceux qui sont encore en chemin, avec leurs frères qui se sont endormis dans la paix du Christ, ne connaît pas la moindre intermittence ; au contraire, selon la foi constante de l’Église, cette union est renforcée par l’échange des biens spirituels » (Lumen gentium, n. 49).

Il en résulte qu’il existe une relation, mystérieuse mais réelle, entre ceux qui sont « au-delà » et nous qui sommes sur cette terre. Les saints sont des vivants ; nos défunts sont aussi des vivants. Ils sont vivants en Dieu dans la communion des saints, et non pas à portée de main pour satisfaire à nos curiosités.

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Tellement loins, mais si proches

Nous ne le savons que trop, notre foi, nous la vivons dans l’obscurité, la sécheresse, la nudité. Nous ne vivons pas la relation à Dieu dans de merveilleux ressentis qui nous transporteraient dans un état second.

Jésus est tout proche, nous le croyons, mais pourtant, il semble être loin, comme absent de ce monde. Les saints nous sont proches, sûrement (qui n’a déjà invoqué son saint patron ?), mais ils restent d’un autre âge. Nos défunts nous sont proches, évidemment, mais voilà, avec le temps qui passe, ils restent loin aussi.

Au fond, dans les deux cas, nous nourrissons la relation grâce à la mémoire. La mémoire de la vie des saints qui nous est transmise, et à laquelle nous pouvons nous abreuver. Et la mémoire de nos défunts qui provient du vécu commun avec eux. Mais enfin, il est très difficile, voire impossible, à imaginer pour nous, du moins tant que nous sommes ici sur cette terre, la vie dans la gloire divine. c’est pourquoi il est bon d’éviter toute imagination et de s’en remettre à Dieu, dans la foi, la prière, le silence.

Un critère de la sainteté : l’amour concret

Terminons en rappelant l’exhortation apostolique sur l’amour des pauvres, intitulée « Je t’ai aimé, dilexi te », donnée par la pape Léon. Il y définit « l’amour concret » comme « critère de la sainteté ». Après l’expression du pape François « les saints de la porte d’à côté » pour parler des saints ordinaires, le pape Léon attire notre attention sur l’amour envers les pauvres comme exigence indélébile de notre chemin vers la sainteté (« Nous ne sommes pas dans le domaine de la bienfaisance, mais dans celui de la Révélation », n. 5). Et il dresse une fresque de nombreux saints qui ont découvert « que les plus pauvres ne sont pas seulement objet de notre compassion, mais des maîtres d’Évangile. Il ne s’agit pas de « leur apporter » Dieu, mais de le rencontrer en eux. Tous ces exemples nous enseignent que servir les pauvres n’est pas un geste à faire du haut vers le bas, mais une rencontre entre égaux où le Christ est révélé et adoré ». Un chemin de sainteté à cultiver encore aujourd’hui.