Un article rédigé par Alexis Mercier – RCF,
84 prêtres seront ordonnés en France en 2026. Ce chiffre est stable depuis le début des années 2020. Qui sont ces hommes qui choisissent le sacerdoce ? Que révèle leur parcours sur l'état du catholicisme français ? Pour le père Paul Quinson, recteur du séminaire de Paris, l'Église ne recrute pas des profils sociologiques mais forme des âmes qui ont répondu à l’appel du sacerdoce.
Dimanche 28 juin, quatorze diocèses français célébreront des ordinations sacerdotales. Au total, 84 prêtres seront ordonnés en 2026 dont 66 prêtres diocésains. À Paris, ils seront neuf. Si les vocations restent rares comparées aux années 1950, le père Paul Quinson refuse de voir les seules statistiques. « Le séminaire n’est pas un lieu où l’on fabrique des prêtres », déclare-t-il. Pour lui, la vocation n’est pas le résultat d’une stratégie de recrutement. Elle naît d’une rencontre personnelle avec le Christ. « Le Christ appelle, je le crois, l’Église le croit », souligne-t-il.
Des parcours moins linéaires
L’âge des séminaristes demeure un élément notable. Le jeune homme entrant au séminaire juste après le baccalauréat devient minoritaire. La plupart arrivent après des études supérieures, une expérience professionnelle ou même un engagement associatif. Parmi les futurs prêtres parisiens, Guillaume de Coincy et Martin Grangé étaient respectivement avocat et architecte. De quoi nourrir l’image d’un séminaire recrutant parmi les diplômés. Cette idée, le père Quinson la combat : « Le critère pour être prêtre, ce n’est pas d’avoir fait Polytechnique, ou d’être avocat, ou d’avoir fait une belle école d’ingénieur », affirme-t-il.
Le recteur du séminaire de Paris y voit quand même une richesse. Ces hommes arrivent avec une expérience du monde et un discernement déjà engagé. Même si « on ne vient pas au séminaire pour devenir quelqu’un d’autre, mais pour découvrir ce que Dieu appelle chacun à être », rappelle-t-il.
Cette tendance se retrouve dans l’ensemble du pays. La formation dure environ sept ans. Outre les études, elle comprend la vie communautaire, l’accompagnement spirituel et l’expérience pastorale.
Une génération en quête d’une vie cohérente
Alors pourquoi choisir le sacerdoce dans une société de plus en plus sécularisée ? Pour le père Quinson, beaucoup de jeunes sont en quête d’une vie cohérente. Derrière les vocations, il ne voit pas forcément une volonté de défendre l’identité catholique mais plutôt un désir de donner sa vie. Néanmoins, face à l’arrivée de profils plus mûrs, le recteur voit un défi pour l’Église. « Comment est-ce que nos communautés paroissiales vont accueillir ce sang neuf et se laisser déranger, déplacer, transformer ? », questionne-t-il.
Autre sujet : l’exercice de l’autorité. Depuis le rapport Sauvé sur les abus dans l’Église, les séminaires renforcent leur vigilance. « Les jeunes générations sont sensibles à la manière dont l’autorité fonctionne », observe le père Quinson. Il existe des formations spécifiques sur la prévention des abus ainsi que sur la gestion des émotions.
Avec 84 ordinations, l’Église en France reste très loin de l’étiage des années 1950 ou 1960. Le père Quinson écarte pourtant toute idée de déclin, préférant revenir à cette conviction : « Le critère pour être prêtre, (…) c’est d’être appelé par le Christ à donner sa vie pour l’annonce de l’Évangile et le service de l’Église.» Derrière les statistiques, le recteur aspire surtout à préparer l’avenir de l’Église en rappelant que la vocation ne se résume ni à un diplôme, ni à un CV.
