Le « sans-péché » parmi vous

5è D Car C — (Jn 8,1- 11)

Le carême fait retentir l’appel urgent à la vraie conversion. Accueillir le Christ qui est la Vie, laisser Jésus nous conduire au Père et découvrir sa miséricorde. Il en donne une sorte d’exercice pratique à travers la façon dont il fait grâce à la femme adultère 1. Prenons quelques minutes pour nous faufiler dans ce récit et laisser Jésus nous « enseigner » (v. 2). C’est un beau prolongement de la parabole des deux fils.

Une invitation à passer de la lettre à l’esprit

Au début, comme à la fin de l’épisode, cette femme est située « au milieu ». D’abord encerclée par ses accusateurs qui vocifèrent, elle est ensuite seule devant Jésus, il a desserré l’étau. La Loi de Moïse, gravée sur des tables de pierre, interprétée à la lettre, peut enfermer le pécheur dans un jugement de mort (Lv 20,10 ; Dt 22,22). Le fait que Jésus écrive sur le sable est-il à interpréter comme une invitation à la souplesse ? Passer de la dureté de la pierre à la douceur du sable, ne pas s’enfermer dans la lettre, mais à s’ouvrir à l’esprit de la Loi. Saint Paul n’aura de cesse de le prêcher. « Lui nous a rendus capables d’être les ministres d’une Alliance nouvelle, fondée non pas sur la lettre mais dans l’Esprit ; car la lettre tue, mais l’Esprit donne la vie » (2 Co 3,6).

Un geste discret et silencieux duquel émanent paix et respect

Tandis que cette femme est accusée avec violence… Jésus se courbe, se penche, baisse les yeux et écrit sur le sable de son doigt. Il semble indiquer un détachement, un retrait souverain à l’égard de la vindicte populaire qui habite la foule. Au cours de la scène, le contraste est flagrant entre deux types d’attitude : les regards avides et curieux qui se posent sur la femme et sur Jésus pour savoir comment il se va sortir de ce mauvais pas. Et la discrétion et la délicatesse de Jésus qui baisse les yeux par deux fois pour écrire sur le sol (v.6. 8). Face aux regards méprisants de la populace qui condamne cette femme, les yeux baissés de Jésus sont le geste le plus fin et le plus respectueux que l’on puisse témoigner à ce moment-là à cette femme. Peut-être même pouvons-nous penser qu’en se baissant, Jésus évoque la chute du pécheur ; et en se redressant, il exprime la possibilité de conversion qu’il lui procure… Un geste symbolique de la rédemption !

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Une parole qui rend la dignité et ouvre un avenir

Il reste à rendre sa dignité et son espérance à cette femme. Il est à noter que Jésus n’interroge pas la femme sur les faits. Les éléments d’un procès sont absents : les preuves, les témoignages, son complice… À la fin, Jésus posera la question : « Aucun ne t’a condamnée ? », et la femme répondra : « Pas un Seigneur ». Elle est devenue quelqu’un qui a un avenir. « Va, ne pèche plus ». Au lieu de l’enfermer dans l’univers mortifère de la culpabilité, Jésus lui ouvre un chemin de liberté et de vie. La loi n’est pas effacée ; elle est devenue « humaine ». La Miséricorde divine, aussi bien pour le fils prodigue que pour la femme adultère, rend au pécheur sa dignité de fils et fille de Dieu. Jésus s’est révélé comme maître, de sagesse et d’humanité.

« La rigidité n’est pas un don de Dieu » (pape François2)

Péché mortel ! Au sens éternel et au sens terrestre… Les accusateurs avaient enfermé cette femme dans le cercle mortifère de leur jugement. Mais la sentence de Jésus a brisé cet enfermement : « Le sans-péché3 parmi vous, que, le premier, sur elle il jette la pierre » (Jn 8,7). L’un après l’autre, ils se retirent. L’expression « d’abord les plus vieux », fait penser aux vieillards qui avaient accusé Suzanne alors qu’elle était innocente (cf. Dn 13). Jésus ne condamne pas la femme qui finalement n’est condamnée par personne : « Désormais ne pèche plus ». Au paralysé guéri à la piscine, Jésus avait déjà dit : « Te voilà guéri. Ne pèche plus, il pourrait t’arriver quelque chose de pire » (Jean 5,14). Le retour au Dieu de miséricorde donne la Vie au pécheur pardonné. À la condamnation hypocrite des scribes et des pharisiens s’est substituée l’attitude compréhensive de Jésus.

Ne t’enferme pas dans ton péché, n’enferme pas non plus les autres dans leur péché par tes jugements. Fréquente le Dieu de vie, accueille sa miséricorde paternelle. Elle te rendra bienveillant pour toi-même et indulgent pour les autres.

Ne jugez pas pour n’être pas jugés (Lc 6,37).


1Cet épisode manque dans beaucoup de manuscrits grecs et d’anciennes versions. Il est ignoré des grands commentateurs grecs et de la plupart des commentateurs latins. Aucun manuscrit grec avant le Vè s. ne l’atteste. Quelques copistes l’insèrent à un autre endroit. C’est un texte canonique, donc inspiré, qui a été recueilli définitivement dans l’Évangile de Jean. Il n’est probablement pas de lui (son vocabulaire et son contenu font penser à Luc) ; le dernier livre paru s’appuie sur le témoignage de Papias pour donner une origine johannique.

2Messe à la Maison Sainte-Marthe au Vatican le 24 octobre 2016

3Hamartètos, hapax (seul cas) dans le NT. En fait, c’est lui, Jésus, le « sans péché ». «  Ces hommes étaient rentrés en eux-mêmes, et leur départ était un aveu. Mais ils avaient laissé la femme avec sa grande faute à celui qui était sans péché. Et comme elle avait entendu cette parole de Jésus, elle s’attendait à être châtiée par celui en qui ne se trouvait aucun péché » (St Augustin).