Le scandale d’un roi sans pouvoir

34è D TO C — (Lc 21,5- 19)

En cette fête du Christ Roi, un dernier flash tiré de l’évangile de Luc, qui brille comme un éclair : le dialogue entre Jésus et le bon larron. On aurait pu s’attendre à un autre évangile pour une telle fête. Cela voudrait dire que nous n’avons pas encore compris l’amour divin et royal.

L’amour désarmé, n’est pas accessible à la tentation du pouvoir

Le récit de la triple tentation de Jésus au désert le montre explicitement : pour avoir le pouvoir mondial, Jésus serait devenu le vassal du diable ! « L’emmenant plus haut, le diable lui montra en un instant tous les royaumes de l’univers et lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car elle m’a été livrée, et je la donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, elle t’appartiendra tout entière. » Et Jésus lui dit : « Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et à lui seul tu rendras un culte » (Lc 4, 5-8). Dans sa réponse sans appel, Jésus oppose l’adoration de Dieu seul à l’idolâtrie du pouvoir.

Le chemin de Jésus : une royauté de service

« Je suis au milieu de vous à la place de celui qui sert » (Lc 22,27). Retransmis par l’évangéliste Jean, le geste emblématique d’abaissement accompli par Jésus est le lavement des pieds. Vécu en ouverture de la Passion, ce geste où Jésus prend la place du serviteur de la maison, est l’expression du service de la rédemption accompli de la nativité à la croix. Luc, de son côté, va souligner avec insistance le scandale que provoque ce roi sans puissance, le choc entre la puissance idolâtrée et l’amour humilié.

L’amour humble est toujours tourné en dérision

« Sauve-toi toi-même ! » Ce hurlement est répété trois fois, par les chefs religieux, par les soldats romains, par le brigand crucifié, est comme l’ultime cri de rage de Satan : il n’a pas réussi pendant ces trois années à faire dévier Jésus. Par ce cri, il continue à rejeter la figure de Messie de Dieu incarnée par Jésus, il la raille et la ridiculise ; il méprise la faiblesse de l’amour. Ces moqueries apparaissent comme l’accomplissement des paroles du Psaume 22 (21), 8 : « Tous ceux qui me voient me bafouent, ils ricanent et hochent la tête ».

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Le fruit de la croix est la conversion

La scène de la crucifixion entre deux brigands, développée par Luc, illustre en concentré ce qui s’est passé tout au long du ministère de Jésus : certains se sont fermés à sa proclamation, tandis que d’autres l’ont accueillie avec foi et ont reçu le don du salut. Ce scénario s’est poursuivi jusqu’à sa mort. Et Luc en profite, à travers 1 le bon larron, 2le centurion, et 3 la foule, pour souligner que le fruit de la croix est la conversion. « À la vue de ce qui s’était passé, le centurion rendit gloire à Dieu : « Celui-ci était réellement un homme juste. » Et toute la foule des gens qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle, observant ce qui se passait, s’en retournaient en se frappant la poitrine » (23, 47-48).

Le cadeau dispensé royalement

Le bon larron reconnaît sa propre culpabilité. Il se trouve véritablement sur le chemin du repentir. Cela le dispose à adopter une attitude de foi : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume ! » (v. 42). C’est un appel indirect à sa miséricorde. Il reconnaît la condition royale de celui qui agonise à ses côtés. Mais ce repentir n’arrive-t-il pas trop tard pour accueillir le don du salut ? NON. « Amen, je te le dis, aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (v. 43). Luc met en pleine lumière que le salut est un don. Du même coup, il témoigne qu’il n’est jamais trop tard pour se convertir. L’aujourd’hui du salut reste ouvert 24 h/24, 7j/7. Dès qu’une personne reconnaît ses torts et met sa foi en Jésus, elle reçoit le salut. Tel est le vrai cadeau du Roi que nous célébrons en ce jour de fête.

Ludolphe le Chartreux (+1378), dans sa Vie de Jésus Christ, après avoir reproduit les éloges prodigués par les Pères au saint Bon Larron, transcrit cette belle prière du vénérable Bède (+ 735) :

« Je t’en prie, Seigneur, donne-moi d’abord de te reconnaître comme le fit le Bon Larron, et te reconnaissant, me reconnaître pécheur et te glorifier, toi qui, innocent, souffris pour les pécheurs. Donne-moi, je t’en prie, Seigneur, de désirer, demander et obtenir ce que le Larron te demandait : « Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu seras dans ton Royaume. » Amen ! »